œuvre anonyme, Barcelone (2017)

 

« Que celui qui lutte avec des monstres veille à ce que cela
ne le transforme pas en monstre. Et si tu regardes longtemps au fond
d’un abîme, l’abîme regarde aussi au fond de toi »

Friedrich Nietzsche

 

Depuis peu, j’écris ce blog qui mêle, entre les lignes, intime, éthique et politique. Cela m’expose autant à ton regard qu’à tes critiques. Je range ces dernières parmi les choses qui ne dépendent pas de moi : sache que je ne t’ai pas attendu pour me poser des questions et formuler mon autocritique. Il est paradoxal de choisir de m’exposer alors que je me suis jusque-là cachée derrière les collectifs que j’animais, et pour lesquels j’écrivais « nous ». Écrire « je »  pour critiquer le narcissisme et l’individualisme décomplexés de notre société est pour le moins contradictoire. Il est des contradictions auxquelles il est difficile d’échapper.  

Je ne cherche pas à devenir quelqu’un. Pour cela, il faut aimer être reconnu dans la rue, accepter de s’entourer de flatteurs qui seront prêts, en opportunistes qui s’ignorent, à retourner leur veste au moindre faux pas. Parce que l’un ne va pas sans l’autre. Alors merci bien, mais non merci. J’ai conscience de ce qui vient à nous ; je ne parle pas des échéances électorales qui ne changeront rien, ou si peu, à l’avenir de l’humanité. Je crains le fascisme accompagné des replis identitaires, de la peur de l’autre, des dérives sectaires, sur fond de planète suffocante.

J’estime que la meilleure chose que nous ayons à opposer à cela est l’entraide. Mais je sais que pour pratiquer l’entraide, il faut jouer collectif. Et que pour produire du collectif autant que possible apaisé, il vaut mieux avoir des egos ajustés. J’écris pour inviter à sortir de la grotte celles et ceux qui ne voient pas la lumière. C’est ambitieux et sûrement égotique, je le reconnais. C’est vain aussi, je le sais. Je n’ai qu’une obligation de moyens, pas de résultat. Je ne me raconte pas d’histoires, je fais ce que je peux.

J’écris ce que j’ai appris et qui me permet de tenir debout aujourd’hui. Car j’ai longtemps joué avec l’idée du suicide, en pensant que je n’étais pas adaptée à ce monde. Certains font leur gras sur la vague des hauts potentiels et autres hypersensibles. Je suis sensible, pas hypersensible : ça suffit à me sentir différente au milieu de sociopathes dénués d’empathie. Chacun bricole comme il peut, je sais par où je suis passée et combien j’ai pu – et combien je peux – être maladroite, méchante ou hypocrite. Pas plus que toi j’imagine. Mais c’est parce que je me regarde avec indulgence que je peux te regarder comme un autre moi qui bricole, et ne pas te condamner à ta bêtise, tout comme je ne me condamne pas à la mienne.

Cet exercice d’écriture est difficile. Malgré les doutes récurrents, je m’encourage à poursuivre. Je me répète que je suis la mieux placée pour me conseiller, que si mon intuition m’a invitée à le faire, je dois continuer, qu’au moins je me sens moins seule, que ça me fait plaisir de savoir que tu me lis, que je suis heureuse que tu m’en parles et que nous trouvions des sujets de discussion communs. Je sais que ce qui me traverse l’esprit ne t’est pas étranger. Nous sommes les mêmes : nous bricolons nos existences, nous tirons les leçons de nos errances, nous tentons de mieux faire, de mieux nous estimer, de ne plus avoir honte.

J’écris pour celles et ceux qui désespèrent du monde. Si tu penses que ce que je propose est facile à dire, j’estime que ça va toujours mieux en le disant. Mes mots s’adressent à ceux qui ont les moyens d’opérer le changement nécessaire ; pour cela, il faut déjà jouir d’une vie à peu près confortable. À toi qui te sens concerné, si tu as le luxe de ne pas t’inquiéter d’où tu vas dormir ce soir et de ce que tu pourras manger, tu as les moyens de cesser de te laisser envahir par la nocivité du monde qui te ronge.

Tu peux choisir d’adopter un point de vue différent. Pour contrer la haine, rien ne vaut l’amour. Contre les replis identitaires, essaye l’ouverture à l’autre. Contre les regards mauvais, souris ! Et contre l’individualisme, j’affirme encore que rien n’égale l’entraide. Je sème des graines gratuites et faciles à partager, ce que tu en feras ne dépend pas de moi. C’est pour ça que j’assume de m’exposer.

nés avant la honte

Sur le quai du métro, l’affiche montre une jeune femme éveillée dans son lit, le réveil indique 3h46. Il est inscrit : « Virginie n’en veut pas à ses voisins. Avant c’était le froid qui la réveillait ».

dire oui à la vie

« Que veux-tu que je te dise ? J’aime les gens. Je donne des sourires. J’ai un mari et des enfants. C’est gratuit ».

trop bonne trop conne

Je suis gentille mais j’ai aussi un grand potentiel dragon : ne t’avise pas à me prendre pour une conne, car je pourrais choisir de te mordre très fort en réaction.

du mépris

A l’adolescence mon père m’a fait découvrir le monde du travail en m’employant dans le restaurant d’entreprise dont il était le gérant. Il m’avait expliqué pourquoi je devais, comme les autres, commencer par l’activité la plus ingrate.

je suis

Je fais l’effort de me présenter un peu, ça te permettra de mieux me situer, et puis comme tu me l’as fait entendre, il est un moment où il faut Je fais l’effort de me présenter un peu, ça te permettra de mieux me situer, et puis comme tu me l’as fait entendre, il est un moment où il faut commencer à assumer.