mon cousin et moi petite, dans le Loir-et-Cher

 

« Vivre sa vie en essayant d’en faire un modèle pour les autres »

Rosa Parks
 
 

Dans le monde des méprisants qui pensent le monde en inférieurs supérieurs, quand tu es gentille, c’est simple, on a tendance à te prendre pour une conne. Quoique ma mère m’ait souvent répété « trop bonne, trop conne » lorsque j’étais enfant, il m’a fallu des années pour tirer correctement les leçons de cet adage. Je suis gentille, mais j’ai aussi un grand potentiel dragon : ne t’avise pas à me prendre pour une conne, car je pourrais choisir de te mordre très fort en réaction.

Au cours de ces dernières années, où j’ai été une active militante sur le terrain des luttes à Paris, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnalités adulées sur les réseaux sociaux. Je parle de ces auto-entrepreneurs de leur image, qui font leurs gras et leur notoriété sur nos luttes, et qui n’ont que l’allure des idées dont ils se parent. C’est à l’occasion d’un échange direct que tu comprends à quel type de personne tu as affaire.

Je ne balance pas les noms. Ayant déjà subit par le passé des campagnes de dénigrement pour avoir adressé publiquement des jugements critiques à de petites stars, et en raison de quoi j’ai reçu du « pute à nègres » et du « raciste blanche qui s’ignore » – il faudra dire à l’occasion, à tous les fachos du monde, d’accorder leurs violons -, n’étant pas sado-maso, je préfère m’épargner ça. Mais connard, si tu me lis, ne t’inquiète pas du fait que je m’occupe de ta réputation.

Ne doute pas que le jour viendra où tu seras débusqué. Car mon grand, si personne ne te l’a dit avant, voici pour toi : dans le billet on est pas condamné, j’explique que personne, a priori, n’est condamné à rester con, ce à quoi j’ajoute ici, qu’à force de persévérer dans ta connerie sans te remettre en question, tu finiras par devenir ce que tu fais. A toi, qui ne te sens pas visé par ces mots, je peux te dire qu’un certain nombre de personnes que tu admires de loin, ne sont ni plus ni moins que des sociopathes dénués d’empathie, de ces gens qui ne savent accorder de l’attention qu’à un autre pouvant servir leurs intérêts, et qui nourrissent leur ego de tes likes.

Il y a aussi des fâcheux que tu croises chaque jour, et qui ne t’accordent pas un regard alors que tu te trouves dans la même pièce qu’eux, mais qui arrivent mielleux lorsqu’ils ont un service à te demander. Les bons jours, la gentille en moi persiste à adresser un bonjour, les autres jours, c’est la réaction qui m’agit. Tu joues au con avec moi ? Vois comme je peux faire mieux que toi. J’oscille entre ces deux moi, mais je ne veux pas me résoudre à devenir connasse, car il y a ces autres qui, comme moi, cherchent un sourire, un regard, et qui sont heureux de les recevoir et de les rendre en retour.

Trop bonne trop conne, c’est quand tu es si gentille que tu laisses l’autre te marcher sur les pieds. La limite à l’exercice, c’est que si tu ne poses pas tes limites, si tu ne te respectes pas, personne ne le fera à ta place. Être bonne, mais pas trop conne, est un milieu d’autant plus difficile à trouver que tu es susceptible de te faire abuser, tant ton empathie à comprendre par quels maux les autres sont agis est grande.

C’est pour cette raison que les personnes douées d’empathie ont plus de risque d’attirer les personnalités toxiques, tels les pervers narcissiques. Je le sais pour l’avoir vécu, c’est pour ça que je te le dis, ma chérie. Trop bonne trop conne, ça n’est pas une bonne chose pour toi. Apprends à te respecter, apprends déjà à t’aimer pour ce que tu es, telle que tu es, sois fière, sois forte, réserve ta gentillesse aux gentils, mais ne laisse personne dépasser les limites de ce que tu estimes juste. Et surtout, réserve ton estime à des personnes qui s’en montrent dignes.

Quant à toi, être dénué des qualités qui devraient être le fondement de ton humanité, je ne sais pas si tu pourras progresser, et je n’userai pas plus de ma patience pour t’expliquer combien ce que tu donnes à voir te rend détestable aux yeux de celles et ceux qui partagent mes qualités. Tu as beau te présenter sous tes plus beaux atours, ce que tu te permets vis-à-vis de moi, et que par respect envers l’humain que tu es, jamais je ne me serais permis vis-à-vis de toi, m’aide à ajuster le niveau de considération que j’ai pour toi, et dont je ne doute pas que ta médiocrité se satisfera.

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du mépris

A l’adolescence mon père m’a fait découvrir le monde du travail en m’employant dans le restaurant d’entreprise dont il était le gérant. Il m’avait expliqué pourquoi je devais, comme les autres, commencer par l’activité la plus ingrate.

se nourrir des autres

contre le fascisme qui vient, il faut, entre nous, des ponts plutôt que des murs, et que chacun se garde de devenir un fasciste qui s’ignore.

bête et méchant

Mais pourquoi ce besoin d’humilier l’autre, c’est quoi l’idée ? C’est aussi simple que ça : j’écrase – l’autre – pour me sentir supérieur – à lui. Je le fais devant un public pour nourrir mon égo mal réglé.

nés avant la honte

Sur le quai du métro, l’affiche montre une jeune femme éveillée dans son lit, le réveil indique 3h46. Il est inscrit : « Virginie n’en veut pas à ses voisins. Avant c’était le froid qui la réveillait ».

règle du je

C’est parce que je me vois regarder mon reflet dans le miroir des réseaux sociaux, que je te vois le faire aussi. Je nous vois bricoler pour récolter de l’attention.