Petite Poissone, collage vu à Paris (2018)

 

« Au centre de la difficulté se trouve l’opportunité »

Albert Einstein

 
 

Mon retour au salariat aura été de courte durée. Je viens d’apprendre la nouvelle, et quoique la praxis philosophique m’a permis de l’anticiper comme un possible, c’est un coup dur. Je me suis investie dans ce travail sans compter car j’avais conscience de la chance que j’avais d’avoir une place de choix à bord du bateau l’Humanité. Cela aura été une expérience intense, je suis fière du travail réalisé, honorée d’avoir pu poser le logo du journal fondé par Jean Jaurès sur mes créations graphiques, d’avoir pu partager mes compétences en interne et rencontrer quelques personnes admirables.

Il faut dire qu’ayant été embauchée en CDD et connaissant les difficultés économiques, je ne m’étais pas racontée d’histoires. Voyant approcher la fin de mon contrat, j’avais demandé il y a quelques temps à la direction, de ne pas attendre le dernier jour pour me le dire, si cela devait se produire, afin que je puisse me préparer à la suite.

Pour la première fois, j’avais un bureau, le luxe de jouir d’une pièce en plus, dont je me permettais de profiter parfois pour écrire ces billets de blog. J’étais aussi heureuse de pouvoir décorer cet espace avec les affiches de mes camarades graphistes, comme quand adolescente, j’accrochais des posters dans ma chambre. Je commence à décrocher, c’est symbolique. On investit doucement un lieu, et quand on est pas sommé de partir sans préavis, on peut le désinvestir au rythme que l’on se choisit.

Un retour sur le marché des travailleurs indépendants, alors que je n’ai pas été disponible six mois durant,  ça ne sera pas simple. Mais enfin, je sais aussi que chaque chemin emprunté peut ouvrir de nouvelles possibilités. De toute façon, je connais la leçon, il faut se battre, c’est ce que je ferai. Je n’ai pas d’autre choix.

Je vais devoir rebondir, à nouveau m’inquiéter de quelles missions me seront confiées, chercher à gagner assez pour payer le loyer sans avoir à taper dans mes économies qui sont ma retraite, puisque le statut sous lequel j’ai fait ma vie professionnelle ne me protègera pas, voir comment financer l’année prochaine les études supérieures de mon fils aîné. Des problèmes somme toute communs pour de nombreuses personnes. Je pensais naïvement être arrivée là où je devais être attendue.

Pour autant, je ne regrette rien de mes choix passés dont je parle dans le billet « je suis », j’assume avoir préféré la liberté et la précarité qui va avec, au lieu de perdre ma vie à la gagner, pour un job sans intérêt. Ça a à voir avec ce que Corinne Morel Darleux a nommé « le refus de parvenir » dans son très bel essai (1).

Quoi qu’il arrive pour la suite, je ne passe pas à côté de ma vie, j’y donne un sens. C’est le plus important pour moi. Je me suis accordée ce privilège, en acceptant les conséquences de mes choix, afin d’être cohérente avec ma conscience. Ce qui arrive ne dépend pas de moi, si cela se passe ainsi, c’est que c’est ainsi que cela devait se passer. Je pensais avoir enfin le cul au chaud et être arrivée là où je devais. C’était sûrement trop beau pour être vrai. Amor fati.

  1. Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, Libertalia.

no logo

Un beau vêtement impressionne les impressionnables, beaucoup font les hommes-sandwichs pour des marques capitalistes dénuées d’éthique.

cerveau disponible

Ce billet est écrit à l’attention de personnes ayant développé la tendance à traiter de « moutons » d’autres moins éveillés qu’eux. Inutile de dire que ça n’est pas sympa pour les moutons mais enfin, ils ont bon dos et n’en diront rien.

nés avant la honte

Sur le quai du métro, l’affiche montre une jeune femme éveillée dans son lit, le réveil indique 3h46. Il est inscrit : « Virginie n’en veut pas à ses voisins. Avant c’était le froid qui la réveillait ».

trop bonne trop conne

Je suis gentille mais j’ai aussi un grand potentiel dragon : ne t’avise pas à me prendre pour une conne, car je pourrais choisir de te mordre très fort en réaction.

s’exposer

Écrire « je »  pour critiquer le narcissisme et l’individualisme décomplexés de notre société est pour le moins contradictoire. Il est des contradictions auxquelles il est difficile d’échapper.