œuvre anonyme, Paris 20e (2020)

« À quoi crois-tu ? À ceci : que le poids
de toutes choses doit être déterminé de nouveau. »

Friedrich Nietzsche

 

On arrive au monde sans l’avoir demandé, sans avoir eu le choix de rien. On ne mérite pas plus d’être né pauvre ou riche, noir ou blanc, beau ou laid, petit ou grand, etc. On aurait aussi bien pu naître ailleurs, sur un autre continent, dans une autre culture, dans un corps différent. Il n’y a rien de juste dans l’attribution des places, c’est comme ça.

Le destin n’est pas écrit dans un grand livre, rien n’arrive inexorablement ni ne s’impose d’en haut comme le croit Jacques le fataliste (1). Les rôles sont attribués en début de partie par le hasard, et si l’on ne mérite pas d’être né ici plutôt que là-bas, chacun peut jouer au mieux son jeu, si tant est qu’on l’invite à ne pas se considérer comme une victime condamnée par le destin ou comme un élu.

Fillette, je me souviens avoir traité mes parents d’égoïstes pour m’avoir mise au monde sans m’avoir demandé mon avis, et je me suis longtemps sentie inadaptée, parce que trop sensible et trop sujette à être affectée par l’état du monde. J’ai eu besoin de la philosophie pour dire OUI à la vie. Le stoïcisme m’a appris à séparer ce qui dépend de moi de ce qui ne dépend pas de moi ; à agir sur ce qui dépend de moi et à ne pas m’affliger du reste.

Si savoir cela ne m’empêche pas d’éprouver de la peine ou de la colère, cela me permet de me raisonner. C’est pour ça que je me suis fait tatouer Amor Fati à un endroit où je peux le voir, dans le but de ne pas oublier ce que ces deux mots signifient, et pour m’en souvenir les jours gris où l’idée de liberté absolue revient me hanter. Amor Fati m’aide à me souvenir qu’il est inutile de me torturer face à l’obscénité du monde, au temps qui passe, aux injustices, aux inégalités, aux guerres, à la haine, à la méchanceté gratuite, au mépris, etc. Amor Fati me rappelle que ressasser ma bile ne m’apportera rien de bon.

Amor Fati m’invite à ne pas démissionner de la vie et à faire ce que je peux pour changer ce que je peux. Rien à voir avec la méthode Coué, il s’agit de se penser afin de ne pas seulement se laisser agir par ses émotions. En pratique, ça marche, je l’éprouve chaque jour et c’est pour ça que j’estime utile de te le dire. Car quoique la répartition soit inégale, tu restes maître de ton jeu, et ça n’est pas en en ruminant le mauvais sort qui t’a été réservé que quelque chose de bien risque de t’arriver.  

Je t’écris pour te dire que tu n’as peut-être pas eu de chance, mais que pour changer ça, tu dois aller au devant de ta vie. Parce que toute action produit des effets, que toute cause a une conséquence. Si on peut déplorer le fait de ne pas être né du bon côté, on peut considérer comme un bien le fait de ne pas être né prince ou princesse, avec une destinée tracée, et de pouvoir choisir d’emprunter des chemins de traverse, au gré de sa trajectoire singulière.

Je veux te dire qu’en étant ouvert aux opportunités, prêt à les saisir, ouvert à l’Autre avec le guide qu’est l’intuition, il peut t’arriver de belles choses. Mais pour ça, tu vas devoir accepter de réviser certaines pensées que tu tiens pour des évidences. Ça dépend de toi, notamment de ta façon de t’adresser à l’autre, sans le prendre pour un con, ce qui suppose aussi que tu ne te prennes pas toi-même pour un.e con.ne. C’est pour te parler de ça que j’ai écris le billet estime-toi mieux que ca. En attendant je ne peux que t’inviter à considérer que je ne suis pas là pour te raconter du blablabla, mais pour partager avec toi ce qui guide mes pas, et que ça n’a rien à voir avec le fait de te dire qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du travail.

  1. Jacques et son maître, Diderot

c’est pas nous les fous

Ayant cessé de me soucier du qu’en dira-t-on, je vais m’appliquer à développer mon idée comme il me semble nécessaire de le faire, avec la conscience de ce qui vient à nous.

dire oui à la vie

« Que veux-tu que je te dise ? J’aime les gens. Je donne des sourires. J’ai un mari et des enfants. C’est gratuit ».

nés avant la honte

Sur le quai du métro, l’affiche montre une jeune femme éveillée dans son lit, le réveil indique 3h46. Il est inscrit : « Virginie n’en veut pas à ses voisins. Avant c’était le froid qui la réveillait ».

je suis

Je fais l’effort de me présenter un peu, ça te permettra de mieux me situer, et puis comme tu me l’as fait entendre, il est un moment où il faut Je fais l’effort de me présenter un peu, ça te permettra de mieux me situer, et puis comme tu me l’as fait entendre, il est un moment où il faut commencer à assumer.

règle du je

C’est parce que je me vois regarder mon reflet dans le miroir des réseaux sociaux, que je te vois le faire aussi. Je nous vois bricoler pour récolter de l’attention.